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Retour sur la Formation Survie en forêt

Suivre une formation de survie en espérant ne jamais y être confrontée

J’ai volontairement et consciemment souscrit à un camp de survie. “Mais pourquoi ?” me direz-vous. Parce que je passe de plus en plus de temps en plein air, dans des environnements sur lesquels je n’ai pas le contrôle, et que chacune de mes activités apporte leur lot de risques. Alors quand Les Chèvres de Montagnes ont ouvert les inscriptions à cette formation, je me suis sentie concernée. Je me suis dit que ça allait probablement être tough et je ne me suis pas trompée.

Le contexte de la survie en forêt 

Certains diront “Mais ça n’arrive jamais ce genre de situation!”. Et ils n’auraient pas tort quelque part. C’est certain qu’il y a des gens qui n’expérimenteront jamais ça dans leur vie. Mais pour les pleinairistes comme nous, le risque zéro est loin de s’appliquer ici.

Randonner dans des sentiers non balisés, c’est prendre le risque de se perdre. Faire du kayak en eau vive, c’est accepter le fait qu’on pourrait endommager son embarcation sans pouvoir plus avancer. Chausser son splitboard au pied d’une montagne non-exploitée, c’est considérer qu’on pourrait se blesser quelque part et être contrainte de rester immobile jusqu’à l’arrivée des secours.

Donc oui, malheureusement ça peut arriver qu’on doive passer une nuit ou plus à attendre de l’aide, perdue quelque part dans la forêt. Et puisque je refuse de laisser “la peur de” dicter ma vie, j’ai décidé de m’outiller en suivant ce camp de survie proposé par les Chèvres.

Une gang prête à affronter le pire

Vingt-quatre femmes à deux mètres de distance dans le bois prêtes à tout apprendre de la survie en forêt, c’est attentif et volontaire. À peine toutes nos autos stationnées, notre premier challenge a été de trouver un endroit où planter nos tentes pour la nuit. Quand comme moi tu as plutôt l’habitude de te rendre sur des espaces aménagés comme ceux qu’on trouve dans les parcs Sépaq, c’est quand même pas si évident. Il faut trouver un endroit qui remplisse plusieurs critères : un maximum à plat, sans racine ni roche, pas en dessous d’arbres morts, pas proche d’une eau stagnante et qui soit assez grand pour accueillir une petite MSR. Disons que ça nous a pris un peu de marche dans le bois.

Une fois les présentations faites, et afin de faciliter le partage de connaissances, nous avons été séparées en trois groupes, chacun leadé par un guide d’aventure. J’ai eu la chance de faire partie de celui de Renée-Claude Bastien, une guide exceptionnelle ayant parcouru des milliers de kilomètres à travers le monde en 20 ans d’expérience. Autant te dire que je me suis sentie en confiance très vite !

Les apprentissages

La première journée a portée sur des apprentissages techniques. Et parce qu’on n’apprend jamais mieux qu’en pratiquant, on a eu droit à toutes sortes d’exercices. Sais-tu toi comment placer une bâche pour s’abriter en contexte de survie ? Je ne savais pas non plus. Ma première installation, je l’ai donc organisée en mode pique-nique avec la place de mettre la table en dessous et tout et tout. Genre chill. Le problème avec ce set-up de glamping, c’est que placer sa bâche en hauteur c’est minimiser ses chances de survie puisqu’un espace plus petit est plus facile à garder réchauffé. Et ce n’est qu’un exemple des multiples erreurs que j’ai faites sans me transposer dans le contexte de survie.

 

Parce que, oui, on a appris à réaliser toutes sortes de nœuds, à reconnaître les éléments naturels dont on pourrait se servir pour monter un abri et à lancer des feux sous différentes conditions. Mais le plus important pour moi, ça a été de comprendre qu’on vit nos vies dans des environnements qui prennent soin de nous. Quand on a froid, on augmente le thermostat. Quand on a faim, on ouvre le frigo ou on va au dep à côté. On habite des univers de confort et on a oublié ce que c’était que de nous mêmes veiller sur nous. Et ça, c’est pas mal la base de la survie. Si tu ne prends pas soin de toi et que tu n’économises pas ton énergie, rien ni personne ne le fera pour toi. Peut-être même que la nature va enfoncer le clou…

Le scénario

Vous deviez prendre la jonction à gauche et vous avez pris celle de droite…vous vous êtes perdues lors d’une randonnée. Vous êtes maintenant beaucoup trop loin de votre véhicule, la nuit tombe et vous considérez alors passer la nuit en forêt.

En ce deuxième jour de formation, on est donc toutes parties en forêt avec l’équipement qu’on aurait sur le dos pour une journée de randonnée classique. Aujourd’hui, on savait que ça tournerait mal et ça n’a pas manqué… Vers midi, on s’est toutes individuellement perdues dans les bois. Une barre tendre, une bâche, de la corde et un briquet sur nous : c’est à ce moment-là qu’il a fallu commencer à prendre soin de nous. Je vais être honnête, je me suis demandé ce que je foutais là beaucoup plus vite que prévu…

Mon plan : construire un abri sécuritaire, l’aménager pour m’y reposer, m’organiser pour conserver ma chaleur, m’occuper l’esprit de longues heures et passer la nuit là jusqu’à l’arrivée des secours. Et se retrouver seule au milieu des bois à devoir se faire confiance pour passer les heures, c’est un vrai défi. En presque 24 heures, je pense être passée par tout le panel des émotions qu’un être humain peut ressentir. Je ne te raconterais pas en détail mon expérience, parce que je te souhaite de vivre pleinement la tienne, mais sache que ça aussi pénible qu’euphorisant.

L’interminable attente

Le lendemain, on est finalement venu nous “porter secours” ! Parce que j’étais en formation, je savais que quelqu’un allait bien finir par arriver, et même là, j’ai trouvé ça long… La moyenne au Québec serait de passer trois nuits en forêt avant de se faire retrouver par la Sûreté du Québec. Dans un vrai contexte de survie, j’imagine donc facilement à quel point ce doit être difficile mentalement de ne pas savoir quand quelqu’un nous trouvera. Une fois “libérée”, le renoncement et la frustration ont immédiatement laissé place à un immense sentiment d’accomplissement !

Se challenger pour se découvrir

En suivant cette formation avec vingt-quatre femmes fans de plein-air, et en passant ces presque 24 heures toute seule dans les bois, j’ai énormément gagné en confiance. D’abord parce qu’on m’a donné les outils pour me débrouiller toute seule et aussi parce que j’ai été témoin de mes propres accomplissements. C’est pas vrai que ce serait en restant dans mon appartement à Montréal que j’aurai connu la joie de savoir que moi aussi je suis capable de partir un feu. Savoir que je suis capable de passer une nuit dans les bois en ayant fait en sorte de protéger ma sécurité et mes ressources non plus. Mais c’est de rencontrer des femmes inspirantes comme Les Chèvres de Montagnes, Renée-Claude et toutes les participantes de cette formation qui m’a fait sentir que moi aussi je pouvais le faire. Avoir la chance d’être entourée de toutes ces passionnées des défis et du grand air, de partager avec elles les moments de doutes et de réussites, ça n’a pas de prix. Ça se vit et se savoure, les pieds bien ancrés dans la nature.

Que ce soit à propos de la gestion de l’énergie, de la création de chaleur, des techniques pour monter un camp ou encore des réflexions à développer quand on part pratiquer une activité de plein-air, j’ai réalisé et appris beaucoup trop de choses lors de cette formation pour les raconter dans ce texte. C’est aussi le genre de prises de conscience qu’il faut vivre pour intégrer.

Si toi aussi tu trip sur les activités de plein-air, que tu veux voir de quoi t’es capable et que ça te tente de rencontrer de nouvelles femmes passionnées et inspirantes, inscris-toi au prochain camp de survie qui aura lieu cet automne. Il reste encore quelques places ! C’est ta chance de sortir une nouvelle fois de ta zone de confort et d’acquérir des connaissances qui, on l’espère, ne te serviront pas.


Au plaisir de se croiser dehors,
Flora

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